Le yoshino, cerisier du Japon, dispute au chrysanthème l’honneur d’être la fleur emblème du Japon; le cerisier, sakura 桜, marque le renouveau du printemps alors que le chrysanthème, kiku 菊, se célèbre en novembre et est le symbole de la famille impériale ! Le yoshino serait-il le secret de beauté des japonaises ?

Le saviez-vous ?

Le cerisier, tout comme l’abricotier, l’amandier, le pêcher ou le prunier, est une espèce appartenant au genre Prunus (famille des rosacées) ; de plus, le sakura est une espèce strictement ornementale qui ne produit pas de cerises consommables ; celles-ci proviennent d’autres espèces de Prunus ;

Les sakuras originaires du Japon se sont adaptés à la diversité des climats de l’archipel nippon; les trois espèces historiques nous racontent, chacune, une particularité de cet arbre emblématique :

  • Le cerisier à fleur japonais, Prunus serrulata : présent dans toute l’Asie Orientale (Chine, Corée…), ses cultivars ont pour la plupart des fleurs doubles ou pleines à la suite de la mutation des étamines en pétales supplémentaires. Par conséquent, ces fleurs sont stériles et ne produisent donc pas de fruit !

Rappelons ici que le cerisier, contrairement au pêcher par exemple, est une espèce autostérile : pour produire des fruits, la pollinisation croisée entre deux variétés compatibles est nécessaire !

  • Le cerisier d’O-shima, Prunus speciosa : est natif de la Péninsule d’Izu; un arbre d’environ 800 ans, au tronc de 8 mètres de circonférence, sur l’île Izu Ōshima, témoigne de sa longévité…
  • Le cerisier des montagnes, Prunus sargentii : originaire d’Ezo (ancien nom de l’ile septentrionale d’Hokkaïdo), il résiste à des froids extrêmes, jusqu’à -32°C ! Arbre des bords de routes, il est le fleuron de la 二十間道路 (Nijikken-dōro), route à « vingt voies », large de 36m et longue de 7 km; elle fût bordée de cerisiers des montagnes en 1916 en l’honneur de la famille impériale.

Au XVIIIe siècle va être créé un hybride entre Prunus subhirtella et le cerisier d’oshima; c’est cet hybride, appelé yoshino, qui est devenu le cerisier préféré des japonais. Son influence dans la culture japonaise va traverser les siècles et, aujourd’hui encore, elle enrichit la vie des esthètes et les connaissances des scientifiques :

  • ô-hanami, 花見, (« regarder la fleur »)

Autrefois, les fleurs japonaises les plus appréciées au printemps étaient la fleur d’ume (abricotier du Japon) et le lespédèze. La floraison d’ume est la plus précoce et fût à l’origine de la célébration ume-no-hanami. (ume est couramment traduit par « prune » alors qu’il s’agit, en réalité, d’un abricot !). Ume est la fleur symbole du mois de janvier (一月 ichigatsu).
L’époque Nara (710-794) marque l’essor du bouddhisme au Japon ; une vague de construction de temples débute et beaucoup d’arbres sont coupés. Mais pas les cerisiers et c’est ainsi qu’ils se retrouvèrent au centre de la vie des Japonais. L’époque Nara est aussi celle de l’impératrice Shōtoku (称徳天皇) qui sera la dernière femme à régner sur le Japon. En effet, à cause de l’influence que le moine bouddhiste Dōkyō avait eu sur Shōtoku, les ministres déclarèrent alors les femmes inaptes à régner et décidèrent qu’il ne pourrait plus y avoir d’impératrice régnante…

Par ailleurs, la floraison des cerisiers était également surveillée de près par les fermiers car elle était le signe de l’arrivée du printemps, ce qui en faisant un événement majeur de l’année agricole. À cela s’ajoutent le caractère répétitif de cette floraison ainsi que sa grande fragilité faisant de la fleur de cerisier un symbole de vie très fort.
D’où l’idée  桜に神が宿る, sakura ni kami ga yadoru, soit « Les dieux habitent les fleurs de cerisiers ».
Le peuple japonais va prendre habitude et gout pour les hanami, à l’image des aristocrates de la période d’Edo (1603 – 1868); à ce point que Tokugawa Yoshimune (1684 – 1751) en fera planter une grande quantité pour… améliorer l’humeur de la population !

  • Yoshino yama, 吉野山

Voici le mois d’avril (四月 shigatsu), le mois consacré à la floraison du cerisier.
Il s’agit d’un évènement national suivi par les services météorologiques nationaux ; chaque jour, l’avancée de la floraison est retransmise à la télévision et sur internet (tenki.jp). La progression se fait d’ouest en est et du sud au nord ; toutefois, Tokyo marque bien souvent le début des floraisons vers le 24 mars alors qu’il faudra attendre jusqu’au 10 mai environ à Sapporo !
les Japonais organisent, en fonction de ces dates, leur hanami; bien souvent, il s’agit d’une sortie au vert où les participants admirent les fleurs des cerisiers tout en mangeant et buvant. Un pique-nique printanier ou une simple promenade, tantôt recueillie tantôt enjouée !

Il existe de nombreux lieux plus particulièrement prisés et parmi eux, le plus célèbre, le Mont Yoshino ; il est situé dans la préfecture de Nara et est recouvert de plus de 30 000 cerisiers ! De plus, les cerisiers s’étagent depuis les premiers contreforts de la montagne jusqu’aux sommets ; Ainsi les floraisons des 200 variétés de cerisiers présentes s’étalent sur tout le mois d’avril suivant 4 paliers ( Shimo-Senbon, Naka-Senbon, Kami-Senbon et Oku-Senbon). Il y a même une scénographie nocturne qui permet aux visiteurs de s’extasier sur cette merveille le soir.

Le Nihon shoki (日本書紀, Chroniques du Japon) nous apprend que la célèbre impératrice Jitō visitait le Mont Yoshino à la floraison des cerisiers. On dit même que le grand Toyotomi Hideyoshi, l’homme qui a unifié le Japon en 1594, vint, accompagné de 5 000 personnes, pour admirer en grand groupe les fleurs !

Le mont Yoshino et le mont Kôya ainsi que les sites sacrés et routes de pèlerinages de Kumano sont classés comme patrimoine historique mondial de l’UNESCO sous le nom de « Sites sacrés et routes de pèlerinages dans les monts Kii ».

  • Haïku, 俳句

On ne peut pas parler du cerisier sans évoquer l’art du haïku; le haïku est un poème extrêmement bref (17 mores c’est-à-dire « sons ») visant à dire et célébrer l’évanescence des choses; son inspirateur, dans son esprit actuel, est le poète 松尾 芭蕉, Matsuo Bashô (1644-1694).

En voici quelques-uns pour votre plaisir :

De Takarai Kikaku (宝井其角) : « myôjô ya . sakura sadamenu . yama-katsura »

Étoile du matin –
distinguant les fleurs de cerisiers
des nuages de traîne

De Uejima Onitsura (上島 鬼貫) : « sakura sakura koro . tori ashi nihon . uma shihon »

Quand les fleurs de cerisier fleurissent
les oiseaux ont deux pattes
les chevaux quatre

De Kobayashi Issa (小林 一茶) : « ten kara de mo . futtaru yô ni . sakura kana« 

Ah, ces fleurs de cerisiers,
comme si descendues
en flottant du ciel !

De Yosa Buson (与謝 蕪村) : « kumo wo nonde . hana wo haku naru . yoshino yama« 

Avalant les nuages,
recrachant les fleurs de cerisiers,
le mont Yoshino !

Et enfin de Masaoka Shiki (正岡 子規) : « hana saite . omoidasu hito . mina tôshi »

Fleurs de cerisiers épanouies ;
ceux dont je me souviens
sont tous au loin

  • Phénologie et réchauffement climatique

Les scientifiques essaient de trouver tous les indices permettant de mesurer le réchauffement du climat ; l’une des manières est de suivre certains cycles naturels, comme la date de floraison de certaines plantes, au cours du temps. Cette discipline est appelée « phénologie ». L’hypothèse serait que le réchauffement du climat avancerait les cycles végétatifs : la floraison serait plus précoce. Nous n’allons pas discuter ici du bien-fondé de cette hypothèse mais noter qu’elle requière deux conditions fondamentales que le cerisier du Japon réunit de manière exceptionnelle :

  1. Disposer d’un historique de longue durée : le hanami était si important que, dès le IXe siècle, il existe des relevés de la date de floraison des cerisiers. Ils couvrent donc une plage temporelle de 1 200 ans ce qui est de loin la plus longue observation disponible mondialement !
  2. Disposer d’une espèce à faible variabilité génétique afin d’éliminer les différences majeures, dues justement à cette variabilité intrinsèque : le yoshino est particulièrement intéressant pour les climatologues car presque tous les Prunus ×yedoensis du Japon seraient issus, par multiplication végétative, d’un seul et unique croisement qui aurait été effectué au début du XVIIIe siècle.

Depuis 1951, l’Agence Météorologique du Japon suit 59 cerisiers (dont 47 yoshinos Prunus ×yedoensis); la méthode de prévision est basée sur la loi d’Arrhenius et est diffusée sous le nom de front de floraison des cerisiers (桜前線, sakura zensen).

Les splendeurs du yoshino pour votre peau

Célébré pour sa beauté, le yoshino a été particulièrement étudié par les chercheurs japonais ; les principes actifs contenus dans l’extrait de feuilles de yoshino : sakuranetin, genkanine, prunetine et leurs glycosides, ont démontré leur grand intérêt pour :

  • La douceur de la peau : que ce soit naturellement ou du fait de l’agressivité de surfactants, la peau peut réagir et devenir rugueuse ; en particulier, le yoshino permet d’améliorer sensiblement l’état de la couche cornée de la peau agressée par des surfactants en diminuant l’étendue et le nombre des zones atteintes. En conséquence, il est observé une réduction des pertes en eau (TEWL) ce qui contribue à une meilleure hydratation de la peau.
  • Activité anti-inflammatoire : Plusieurs tests différents sont utilisés pour mesurer la capacité d’un principe actif à réduire une inflammation ; l’extrait de yoshino a passé avec succès ces différents tests; il est actif sur la libération de l’acide arachidonique qui est un composé libéré par la membrane des cellules, entraînant la cascade des réactions allergiques. L’extrait réduit également de 50% la quantité d’histamine produite par les mastocytes cutanés (l’histamine est le principal précurseur des réponses allergiques).
  • Régulation de la mélanine : Les tests réalisés ont mesuré la réduction de la production de mélanine de l’ordre de 35%; de plus, comparé à des solutions chimiques alternatives, l’extrait de yoshino s’est montré totalement respectueux de la peau. Aucune agressivité sur les mélanocytes n’est à redouter.

Une peau douce, lumineuse et apaisée, voilà les splendeurs qu’apporte l’extrait de yoshino; en somme, les mêmes bienfaits que la contemplation de la floraison de ces arbres emblématiques : ravissement et sérénité !

« さまざまの
事思ひ出す
桜かな

Tant et tant de choses
me reviennent à l’esprit
fleurs de cerisiers ! »

Haïkus de 松尾 芭蕉, Masuo Bashô.

fleurs de yoshino | Les bienfaits du yoshino pour la peau