Le giroflier fait partie de ces plantes qui ont marqué l’histoire de l’humanité au même titre que la camomille ou le shiso; ses vertus lui ont très tôt forgé un destin exceptionnel; laissons la pomme d’ambre ravir nos narines et effleurons ensemble ses boutons floraux…

Le saviez-vous ?

Le giroflier appartient à la famille des myrtaceaes; il est donc parent avec l’eucalyptus, la myrte, le piment ainsi que melaleuca, l’or vert du cinquième continent, dont nous avons déjà parlé…

Les chinois, sous la dynastie des han, devaient impérativement, en présence de l’empereur, purifier leur haleine en mâchant des clous de girofle . Reconnaissons qu’à cette époque, il y a deux mille ans, ces mêmes chinois étaient également de fervents masticateurs de gousses d’ail… Les romains et les grecs connaissaient aussi les vertus culinaires et médicales des clous de girofle. Une tradition chrétienne a fait des clous de girofle un symbole végétal des clous qui ont servi à la Crucifixion.

Les grecs appelaient la girofle καρυοφυλλον, karyophillon, signifiant « à feuilles de noyer » (καρυον, noyer et φυλλον, feuille). Le latin en a fait gariofolum transformé, au fil des nombreux marchands de toutes origines liés à l’intense commerce de cette épice, en « girofle ». Quant au nom scientifique moderne du giroflier, il s’agit de Syzygium aromaticum; aromaticum est on ne peut plus clair mais qu’en est-il de Syzygium ? Il vient du grec σύν, syn, ensemble  et ζυγος, zygnos, le joug, traduisant que les pétales du bouton floral sont soudés ensemble;

Syzygium a donné aussi le déliceux nom de « syzygie » (en astronomie, alignement de trois corps célestes, le soleil, la terre et la lune lors d’une éclipse par exemple); et notre petite fleur muricole, la giroflée, doit son nom à son odeur ressemblant à celle de la girofle !

Originaire de l’archipel des Moluques du Nord (Indonésie), la culture du giroflier fut longtemps jalousement protégée. Le prix de l’épice atteignait les sommets sous l’effet de la rareté; Dante Alighieri, dans l’enfer, la cite d’ailleurs comme étant réservée aux seuls riches siennois. Les portugais, à partir de 1511, puis les hollandais au XVIIIsiècle, défendront farouchement ce monopole. Ils iront jusqu’à détruire tous les plants hors des zones échappant à leur contrôle.

Il faudra toute la passion pour les épices du bien-nommé Pierre Poivre pour briser ce monopole; la vie méconnue de Pierre Poivre ne manque certainement pas de sel; ses aventures pour se procurer des plans de giroflier, puis en acclimater la culture sur l’île de France (aujourd’hui île Maurice), sont dignes des meilleurs romans de flibuste ! Pour la petite histoire, Bernardin de Saint-Pierre, de passage dans l’île de France, tombera amoureux de Françoise, la jeune épouse de Pierre Poivre; elle sera sa muse lorsqu’il écrira Paul et Virginie.

A partir du XIXsiècle, deux nouveaux usages du clou de girofle vont se développer :

  • le khôl moderne : l’utilisation du khôl est avérée depuis plus de 4 000 ans pour le maquillage des yeux et en tant que collyre pour soulager les infections oculaires; de plus, il protège certainement les yeux des fortes réfractions de la lumière du désert. A l’origine, il s’agit d’un mélange de plomb, de soufre et de suifs; c’est un miracle de l’ingéniosité humaine d’avoir su, empiriquement, doser un sel de plomb à une dose efficace et non toxique !
    Le clou de girofle fait désormais partie de la recette du khôl au Maghreb; il a permis d’améliorer son efficacité et, en diminuant la quanté de plomb, de limiter aussi les intoxications potentielles…
  • La kretek : au début des années 1880, un indonésien souffrant d’asthme, Haji Jamahri, eut l’idée d’introduire des clous de girofle dans ses cigarettes. il souhaitait faire parvenir les principe actifs de la girofle dans ses poumons. La kretek était née…
    Aujourd’hui, si leur intérêt thérapeutique demeure incertain, les kreteks sont les cigarettes les plus fumées en Indonésie; à elles seules, elles consomment, consument pourrait-on dire, 95 % de la production mondiale de clous de girofle !
    (kretek : onomatopée reproduisant le crépitement que font les clous de girofle en brûlant dans la cigarette.)

Les bienfaits de la girofle pour votre peau

Le principe actif essentiel, et spécifique, de la girofle est l’eugénol; rappelons, pour ce que qui concerne d’autres myrtacées, que le principe essentiel de l’eucalyptus est le cinéol et celui de l’arbre à thé (Melaleuca) est le terpinène-4-ol.

Reconnues par les premières civilisations, les vertus du clou de girofle continuent d’avoir toute leur place dans les usages modernes :

  • Un analgésique toujours d’actualité : l’eugénol, malaxé avec de l’oxyde de zinc, forme une pâte avec laquelle les dentistes pansent et obturent les canaux dentaires. Il est tellement courant dans les tiroirs des cabinets dentaires qu’il a donné son nom à un forum de discussion réservé aux professions liées à l’art dentaire.
  • Un antiseptique à l’esprit d’équipe : les essais pratiques ont confirmé le large spectre d’activité antibactérienne de l’eugénol; il est efficace aussi bien contre des bactéries Gram + comme Staphylococcus aureus que contre des bactéries Gram – comme Pseudomonas aeruginosa.
    L’eugénol va donc être intéressant :
    – tant pour soigner des peaux irritées et agressées par ces bactéries,
    – que pour contribuer à la conservation des formulations.
    Et surtout, l’eugénol a démontré qu’il synergise – c’est-à-dire rend plus efficace –  les antibiotiques qui lui seraient associés. En effet, il accentue la pénétration de ceux-ci dans les cellules bactériennes ce qui accroît leur effet.
  • Un antioxydant polyvalent : l’eugénol possède une action antioxydante à double effet; il interrompt d’abord les réactions en chaine en capturant l’oxygène actif; puis, il est métabolisé pour former un dimère qui inhibe la peroxydation des lipides.

La girofle partage une longue et riche histoire  avec l’humanité; ses vertus sont telles que les soins de la peau qu’elles procurent n’ont pas pris une ride…

« Aux environs, l’herbe de baume, dont les feuilles sont en coeur, et les basilics à odeur de girofle, exhalaient les plus doux parfums. » –  Paul et Virginie (1787) de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre.

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